Glyphosate en espagne : réglementation, usages et impacts en 2025

Vous vous interrogez sur la place du glyphosate en Espagne, entre réglementation européenne, enjeux agricoles et préoccupations sanitaires ? En 2025, le pays reste l’un des plus gros utilisateurs de cet herbicide dans l’UE, tout en étant soumis à un cadre légal précis et à une forte pression sociale. L’Espagne consomme environ 2 000 tonnes de glyphosate par an, principalement dans les grandes cultures et les plantations permanentes. Cette situation soulève des questions légitimes sur les règles en vigueur, les risques identifiés et les alternatives possibles. Voici un tour d’horizon clair pour comprendre où en est réellement le glyphosate en Espagne.

Situation actuelle du glyphosate en Espagne et cadre légal

Le glyphosate reste autorisé en Espagne, mais sous conditions strictes et dans un contexte européen mouvementé. Le cadre réglementaire combine les décisions communautaires et les spécificités nationales, créant un dispositif à plusieurs niveaux que vous devez connaître pour comprendre les usages au quotidien.

Comment la réglementation européenne encadre aujourd’hui l’usage du glyphosate

La Commission européenne a renouvelé en décembre 2023 l’autorisation du glyphosate pour une période de dix ans, jusqu’en 2033. Cette décision fixe les conditions d’emploi, les doses maximales autorisées et les limites de résidus dans les denrées alimentaires. L’Espagne doit transposer ces exigences via le Registro de Productos Fitosanitarios, qui liste tous les produits commercialisables sur le territoire national.

Concrètement, cela signifie que seuls les produits homologués peuvent être vendus et utilisés. Les agriculteurs doivent respecter des doses précises, généralement entre 1,5 et 3,6 kg de substance active par hectare selon les cultures, avec des délais avant récolte et des zones tampons près des points d’eau. Les contrôles se sont renforcés, avec des amendes pouvant atteindre 600 000 euros pour les infractions graves.

Spécificités de la réglementation espagnole et rôles des communautés autonomes

L’État espagnol définit le cadre général, mais les dix-sept communautés autonomes disposent de compétences propres pour restreindre davantage les usages. La Catalogne a par exemple interdit dès 2022 l’usage du glyphosate dans tous les espaces publics gérés par la Generalitat. Les Îles Baléares ont adopté des mesures similaires, interdisant son utilisation dans les jardins publics et zones récréatives.

D’autres régions comme l’Andalousie ou la Castille-La Manche ont instauré des périmètres de protection autour des écoles, crèches et hôpitaux, où l’application de glyphosate est interdite dans un rayon de 50 à 100 mètres. Cette mosaïque réglementaire complique la tâche des opérateurs qui travaillent sur plusieurs territoires et nécessite une veille juridique constante.

Glyphosate interdit en Espagne ou simplement restreint, où en est-on vraiment

Le glyphosate n’est pas totalement interdit en Espagne en 2025. Il reste autorisé pour les usages professionnels agricoles, avec environ 170 produits commerciaux homologués. En revanche, plusieurs restrictions significatives encadrent son emploi. Depuis 2022, la vente aux particuliers non professionnels est fortement limitée, et de nombreuses enseignes de jardinage ont retiré les produits à base de glyphosate de leurs rayons.

Dans les espaces publics, la tendance est à l’interdiction progressive. Le gouvernement central a fixé l’objectif de réduire de 50 % l’usage des pesticides d’ici 2030, conformément à la stratégie européenne « De la ferme à la table ». Plus de 300 municipalités espagnoles se déclarent désormais « libres de glyphosate » pour l’entretien de leurs voiries et espaces verts, même si les applications agricoles périurbaines restent autorisées.

Usages du glyphosate en Espagne dans l’agriculture et les espaces publics

Usage glyphosate espagne agriculture et espaces urbains

L’Espagne est le quatrième producteur agricole européen, ce qui explique l’importance du glyphosate dans certains systèmes de production. Cette section détaille où et comment il est utilisé, qui y recourt le plus et comment les pratiques évoluent sous la pression des politiques écologiques et des attentes des consommateurs.

LIRE AUSSI  Variété cerise : choisir, cultiver et apprécier les meilleures cerises

Principales cultures espagnoles concernées par le recours au glyphosate

Les usages de glyphosate se concentrent sur plusieurs productions stratégiques. Les céréales (blé, orge) représentent environ 35 % des volumes appliqués, principalement en désherbage pré-semis dans les systèmes de semis direct. Les oliveraies, qui couvrent 2,5 millions d’hectares, constituent le deuxième poste d’utilisation, avec des traitements en inter-rang pour maîtriser les adventices sans perturber le sol.

Les vignobles espagnols, premier vignoble mondial en superficie, recourent également au glyphosate pour limiter le travail mécanique et préserver l’humidité des sols dans les zones semi-arides. Les cultures maraîchères sous serre d’Almería et de Murcie l’utilisent pour nettoyer les parcelles entre deux cycles de production. Dans ces régions à faible pluviométrie, le glyphosate est perçu comme un outil de préservation de l’eau du sol, ce qui complique les débats sur son remplacement.

Culture Part des usages Usage principal
Céréales 35% Pré-semis, semis direct
Oliviers 25% Désherbage inter-rang
Vigne 20% Entretien du cavaillon
Cultures maraîchères 12% Nettoyage inter-cycles
Autres 8% Divers

Comment les agriculteurs espagnols arbitrent entre efficacité, coûts et contraintes réglementaires

Pour les agriculteurs, le glyphosate représente un compromis économique attractif. Son coût moyen oscille entre 5 et 8 euros par litre de produit commercial, soit environ 15 à 25 euros par hectare traité. À titre de comparaison, un passage de herse ou de déchaumeur coûte entre 30 et 50 euros par hectare en carburant et amortissement, sans compter le temps de travail.

Les contraintes réglementaires modifient toutefois l’équation. L’obligation de tenir un carnet phytosanitaire numérique depuis 2023, la formation obligatoire renouvelable tous les dix ans et les distances de sécurité imposées augmentent les coûts indirects. De nombreux agriculteurs s’interrogent sur la viabilité économique de certaines cultures en cas d’interdiction totale, notamment dans les zones de montagne où les alternatives mécaniques sont difficiles à mettre en œuvre.

Les coopératives agricoles jouent un rôle clé dans l’accompagnement, en proposant des formations aux techniques alternatives et en négociant des tarifs groupés pour les produits de biocontrôle. Certaines exploitations commencent à réduire volontairement leur usage de glyphosate pour répondre aux cahiers des charges des appellations d’origine protégée ou de l’agriculture biologique, qui représente déjà 10 % de la surface agricole utile espagnole.

Utilisation du glyphosate dans les villes espagnoles et gestion des espaces publics

Les municipalités espagnoles ont amorcé un virage important. Barcelone a supprimé le glyphosate dès 2017, suivie par Madrid en 2020 pour l’ensemble de ses 6 000 hectares d’espaces verts. Valence, Séville et Saragosse ont adopté des mesures similaires, privilégiant le désherbage thermique, mécanique ou le fauchage différencié.

Ces changements modifient l’aspect visuel des espaces urbains. Les trottoirs peuvent présenter plus d’herbes spontanées, ce qui nécessite un travail pédagogique auprès des habitants. Certaines villes ont lancé des campagnes de communication pour expliquer que cette végétation spontanée favorise la biodiversité urbaine et réduit les îlots de chaleur.

Les coûts d’entretien ont augmenté de 15 à 30 % dans les premières années, avant de se stabiliser grâce à l’optimisation des techniques et à l’acceptation progressive d’un nouvel esthétisme urbain. Les services techniques municipaux développent des compétences en gestion différenciée, réservant l’entretien intensif aux zones centrales et touristiques, tandis que les espaces périphériques évoluent vers une gestion plus extensive.

Impacts sanitaires et environnementaux du glyphosate en Espagne

Impacts glyphosate espagne santé biodiversité environnement

Les débats autour du glyphosate en Espagne dépassent les aspects techniques ou économiques. Cette section présente les connaissances actuelles sur les risques pour la santé, la biodiversité et les ressources en eau, ainsi que les principales controverses scientifiques qui alimentent le débat public.

Quels sont les risques pour la santé humaine réellement documentés en Espagne

Les évaluations menées par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) concluent que le glyphosate, utilisé conformément aux conditions d’autorisation, ne présente pas de risque inacceptable pour la santé humaine. Ces instances considèrent notamment que le risque cancérogène n’est pas avéré aux niveaux d’exposition attendus.

LIRE AUSSI  Acide chlorhydrique désherbant : dangers, alternatives et cadre légal

Cependant, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le glyphosate comme « cancérogène probable » en 2015, ce qui alimente la confusion. En Espagne, des études de biosurveillance menées par l’Institut de santé Carlos III ont détecté des traces de glyphosate dans les urines de 70 % des personnes testées, avec des concentrations plus élevées chez les agriculteurs et leurs familles.

Les associations sanitaires soulignent les incertitudes sur les effets à long terme des expositions répétées à faibles doses, les effets cocktails avec d’autres pesticides et la vulnérabilité des populations sensibles comme les enfants et les femmes enceintes. Le principe de précaution justifie selon elles des restrictions plus importantes que celles actuellement en vigueur.

Effets du glyphosate sur les sols, la biodiversité et les eaux de surface espagnoles

Des campagnes de mesures réalisées par le Ministère de la Transition écologique ont détecté du glyphosate et de son métabolite AMPA dans 45 % des points de surveillance des eaux de surface, avec des concentrations dépassant occasionnellement le seuil de 0,1 µg/L fixé pour les pesticides individuels. Les bassins versants les plus touchés se situent dans la vallée de l’Èbre, la Manche et la vallée du Guadalquivir, zones de grandes cultures céréalières.

Concernant les sols, les recherches montrent que le glyphosate peut affecter la diversité microbienne du sol, notamment les champignons mycorhiziens qui jouent un rôle crucial dans la nutrition des plantes. Dans les oliveraies andalouses, des études ont observé une réduction de 20 à 30 % de la biomasse microbienne des sols traités régulièrement par rapport aux sols enherbés ou travaillés mécaniquement.

La biodiversité subit également des pressions indirectes. En éliminant les plantes adventices, le glyphosate réduit les ressources alimentaires pour les insectes pollinisateurs et auxiliaires. Des suivis ornithologiques dans les zones céréalières de Castille-et-León ont montré une corrélation entre l’intensification des traitements herbicides et le déclin de certaines espèces d’oiseaux des plaines comme l’alouette des champs ou le bruant proyer.

Une controverse scientifique et médiatique entretenue par des rapports parfois divergents

Les divergences d’évaluation entre organismes scientifiques créent une confusion légitime. Le CIRC évalue le danger intrinsèque d’une substance indépendamment des niveaux d’exposition, tandis que l’EFSA et l’ECHA évaluent le risque réel en tenant compte des conditions d’utilisation. Ces approches complémentaires donnent des conclusions apparemment contradictoires.

En Espagne, cette controverse est amplifiée par les médias et les réseaux sociaux. Des procès retentissants aux États-Unis, où Bayer a été condamné à verser plusieurs milliards de dollars à des plaignants atteints de cancers, alimentent les inquiétudes. Les autorités sanitaires espagnoles tentent de maintenir un discours basé sur les évaluations réglementaires européennes, mais peinent à convaincre une opinion publique de plus en plus méfiante.

Les ONG environnementales comme Ecologistas en Acción ou Greenpeace España demandent l’application stricte du principe de précaution et une interdiction complète. Elles s’appuient sur les incertitudes scientifiques pour justifier une sortie anticipée, avant l’échéance européenne de 2033, position soutenue par certains partis politiques et plusieurs communautés autonomes.

Alternatives au glyphosate en Espagne et perspectives d’évolution

Face aux pressions réglementaires, aux attentes sociétales et aux enjeux climatiques, l’Espagne explore activement des solutions de substitution. Cette dernière partie aborde les alternatives techniques disponibles, les aides publiques mobilisées et les scénarios d’évolution à moyen terme pour les agriculteurs et les territoires.

Quelles alternatives au glyphosate sont envisageables pour les agriculteurs espagnols

Le désherbage mécanique constitue la première alternative, avec des outils adaptés comme les herses étrilles, bineuses ou déchaumeurs. Ces techniques fonctionnent bien dans les grandes cultures, mais demandent un sol ressuyé et des passages répétés, ce qui augmente la consommation de carburant et l’érosion dans les zones à forte pente.

LIRE AUSSI  Où trouver du vrai roundup aujourd’hui sans prendre de risques

Les couverts végétaux gagnent du terrain, notamment dans les oliveraies et vignobles. Des mélanges de légumineuses et graminées sont semés entre les rangs pour concurrencer les adventices, enrichir le sol en azote et limiter l’érosion. Cette technique nécessite toutefois une gestion fine de l’irrigation pour éviter la compétition hydrique en période estivale critique.

Le paillage organique ou synthétique fonctionne bien en cultures maraîchères et arboriculture. Les producteurs d’agrumes de Valence utilisent par exemple des paillages de broyats végétaux issus de la taille, réduisant ainsi les besoins en désherbage de 80 %. Le biocontrôle reste encore marginal pour la gestion des adventices, même si des recherches sont en cours sur l’utilisation de champignons ou bactéries herbicides naturels.

Politiques publiques espagnoles et européennes pour réduire la dépendance au glyphosate

Le Plan de acción nacional para el uso sostenible de productos fitosanitarios 2025-2030 fixe des objectifs chiffrés de réduction. L’Espagne s’engage à diminuer de 50 % l’usage et le risque des pesticides chimiques d’ici 2030, conformément au règlement européen sur l’utilisation durable des pesticides (SUR).

Des aides financières accompagnent cette transition. La nouvelle Politique agricole commune (PAC) réserve 25 % de son budget aux éco-régimes qui rémunèrent les pratiques vertueuses. Un agriculteur qui abandonne totalement les herbicides de synthèse peut percevoir entre 60 et 150 euros par hectare selon le type de culture et les engagements pris.

Le ministère de l’Agriculture finance également des groupes opérationnels d’innovation qui testent des systèmes de production sans glyphosate. En Estrémadure, un projet pilote accompagne 50 exploitations céréalières dans la conversion au semis direct avec couverts permanents, sans aucun herbicide. Les premiers résultats montrent une baisse de rendement de 5 à 10 % les deux premières années, compensée par des économies d’intrants et une meilleure valorisation commerciale.

Vers quel scénario de long terme pour le glyphosate en Espagne et en Europe

Plusieurs trajectoires se dessinent pour les prochaines années. Le scénario de maintien encadré prévoit le renouvellement de l’autorisation européenne en 2033 avec des restrictions progressives, notamment sur les usages pré-récolte et dans les zones sensibles. L’Espagne continuerait alors à utiliser le glyphosate dans les systèmes où aucune alternative économiquement viable n’existe.

Le scénario de sortie progressive suppose une interdiction européenne ou espagnole anticipée, entre 2028 et 2030. Cette hypothèse impliquerait une restructuration profonde de certains systèmes de production, avec un accompagnement financier massif et une acceptation de rendements potentiellement inférieurs dans une phase de transition.

Le scénario de différenciation territoriale semble le plus probable à court terme. Les régions les plus sensibles politiquement et écologiquement continueraient à durcir les restrictions locales, tandis que les zones de grandes cultures extensives conserveraient l’accès au glyphosate sous conditions strictes. Cette fragmentation territoriale compliquerait la gestion des filières nationales et pourrait créer des distorsions de compétitivité.

Pour les acteurs du terrain, anticiper ces évolutions devient stratégique. Les exploitations qui investissent dès maintenant dans des systèmes moins dépendants des herbicides chimiques seront mieux armées face aux changements réglementaires futurs. Cette transition nécessite du temps, des investissements matériels et un accompagnement technique que les pouvoirs publics et les organisations professionnelles agricoles doivent intensifier dans les années à venir.

Anne-Lise Garreau d'Aubrac

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut