Vous découvrez la mention « non altius tollendi » dans un acte notarié ou un document d’urbanisme et vous vous demandez ce que cela signifie concrètement pour vos projets de construction ? Cette servitude ancienne limite votre droit de surélever ou de bâtir au-delà d’une certaine hauteur, principalement pour protéger la vue ou l’ensoleillement d’un voisin. Rassurez-vous : cette contrainte n’est ni absolue ni définitive. Il est tout à fait possible d’en vérifier la validité, d’en comprendre les limites réelles et, dans certains cas, de la contester ou d’en obtenir la suppression. Voyons ensemble comment cette servitude fonctionne, quels sont vos droits et les solutions pour débloquer votre situation.
Servitude non altius tollendi et droit de propriété

Pour bien saisir vos marges de manœuvre face à une clause « non altius tollendi », il faut d’abord comprendre comment elle s’articule avec votre droit de propriété. Cette servitude n’est pas une simple règle d’urbanisme édictée par la commune : elle constitue une charge privée, souvent très ancienne, qui obéit à un régime juridique particulier. En saisissant son fonctionnement, vous pourrez déterminer rapidement ce qui reste autorisé sur votre terrain et ce qui ne l’est pas.
Comment la servitude non altius tollendi limite-t-elle vos droits de construire ?
Concrètement, cette servitude vous interdit de dépasser une hauteur précise lors de la construction ou de la surélévation d’un bâtiment. L’objectif est de préserver la vue ou la lumière naturelle dont bénéficie un fonds voisin, appelé fonds dominant. Votre bien, quant à lui, est qualifé de fonds servant. Contrairement à une idée reçue, la servitude ne vous prive pas de votre droit de propriété : elle en aménage simplement l’exercice en posant une limite verticale.
La première chose à faire consiste à identifier précisément la hauteur maximale autorisée. Cette indication figure normalement dans l’acte constitutif de la servitude, qui peut être un contrat entre anciens propriétaires ou une disposition testamentaire. Parfois, c’est l’usage constant qui a fixé cette limite, mais cette situation est plus délicate à prouver. En l’absence de précision claire, le juge devra reconstituer l’intention initiale, souvent à l’aide d’un expert géomètre ou d’un architecte.
Origine historique et logique de protection attachées à cette servitude
L’expression « non altius tollendi » provient directement du droit romain, où elle signifiait littéralement « ne pas élever plus haut ». À Rome, cette clause protégeait déjà les vues et l’ensoleillement dans les zones urbaines denses. En France, on la retrouve fréquemment dans des actes notariés du XIXe siècle ou même plus anciens, particulièrement dans les centres-villes historiques ou les quartiers patrimoniaux.
Cette servitude traduit un équilibre entre deux intérêts légitimes : d’un côté, votre liberté de construire et d’optimiser votre bien ; de l’autre, le droit du voisin à conserver un cadre de vie agréable. Cet équilibre peut traverser plusieurs générations de propriétaires, car la servitude reste attachée aux fonds eux-mêmes, indépendamment des changements de mains.
Pourquoi une servitude non altius tollendi n’équivaut jamais à un gel total du terrain ?
Beaucoup de propriétaires pensent qu’une telle servitude bloque tout projet de construction. C’est faux. Vous pouvez tout à fait réaliser des travaux qui n’aggravent pas la charge : aménagements intérieurs, extensions horizontales au rez-de-chaussée, modifications de façade qui respectent la hauteur maximale, installation de panneaux solaires si cela ne dépasse pas le seuil fixé, etc.
De plus, lorsque le texte de la servitude est ambigu ou incomplet, le juge applique un principe favorable au propriétaire grevé : l’interprétation stricte. Cela signifie qu’on ne peut pas étendre la servitude au-delà de ce qui est expressément prévu. Par exemple, si l’acte mentionne uniquement « ne pas surélever la façade nord », rien n’interdit en principe une extension sur la façade sud, sauf mention contraire claire.
Champs d’application et limites de la clause non altius tollendi

La portée réelle d’une servitude non altius tollendi n’est jamais figée dans le marbre. Elle dépend de l’acte qui l’a créée, mais aussi de l’évolution des lieux au fil du temps. Comprendre dans quels cas cette servitude perd de sa force ou devient contestable vous permettra de mieux défendre vos projets et d’identifier des opportunités souvent insoupçonnées.
Dans quels cas une servitude non altius tollendi devient-elle inopérante ou sans objet ?
Imaginez qu’un immeuble voisin, qui était censé bénéficier d’une vue dégagée grâce à votre servitude, ait été démoli ou transformé en parking. Dans ce cas, la servitude a perdu sa raison d’être. La jurisprudence admet qu’une servitude peut devenir « sans objet » lorsque la configuration des lieux a radicalement changé et que la protection initiale n’a plus aucun sens pratique.
Autre exemple : si une construction plus récente, édifiée entre les deux fonds, bloque déjà totalement la vue que la servitude était censée préserver, il devient absurde de maintenir une contrainte sur votre bien. Cet argument est délicat à faire valoir, car il suppose de prouver que l’utilité objective a disparu, mais il peut être mobilisé avec succès dans certains dossiers, notamment en milieu urbain dense où les évolutions sont fréquentes.
Servitude non altius tollendi, PLU et droit de l’urbanisme : comment articuler les règles ?
Le Plan Local d’Urbanisme (PLU) fixe des hauteurs maximales, des gabarits et des règles de prospect qui s’appliquent à tous les terrains de la commune. Mais attention : ces normes publiques ne remplacent jamais une servitude privée. En pratique, vous devez respecter la règle la plus restrictive entre le PLU et la servitude.
| Situation | Règle applicable |
|---|---|
| Le PLU autorise 12 mètres, la servitude limite à 9 mètres | Vous ne pouvez pas dépasser 9 mètres |
| Le PLU limite à 8 mètres, la servitude à 10 mètres | Vous ne pouvez pas dépasser 8 mètres |
| Aucune servitude, PLU fixe 15 mètres | Vous pouvez construire jusqu’à 15 mètres |
Un permis de construire accordé par la mairie ne purge jamais une servitude civile. Même si votre projet respecte le PLU, le voisin bénéficiaire de la servitude peut toujours engager une action en justice pour faire respecter la clause non altius tollendi. Il est donc indispensable de croiser les deux analyses avant de démarrer des travaux.
L’interprétation des clauses obscures par le juge en matière de hauteur et de vue
Les actes anciens sont parfois rédigés en latin, en français archaïque ou avec des formulations imprécises. Par exemple, on peut lire « ne pas dépasser la hauteur actuelle du bâtiment voisin », sans que cette hauteur soit chiffrée ni datée. Dans ce genre de situation, le juge doit reconstituer l’intention initiale des parties.
La jurisprudence privilégie généralement une interprétation stricte de la servitude, c’est-à-dire qu’elle ne l’étend pas au-delà de ce qui est clairement écrit. Un rapport d’expert géomètre ou architecte peut aider à établir des faits objectifs : mesures sur place, reconstitution historique des constructions, analyse des plans cadastraux anciens. Ces éléments techniques pèsent souvent lourd dans la décision finale.
Identifier, prouver et faire respecter une servitude non altius tollendi
Avant d’agir, il faut savoir si la servitude existe réellement, entre quels biens elle s’applique et dans quels termes précis. Cette phase d’identification et de vérification est déterminante, que vous soyez le propriétaire grevé ou le bénéficiaire de la servitude. Une erreur d’analyse à ce stade peut fragiliser tout contentieux ultérieur.
Où et comment vérifier l’existence d’une servitude non altius tollendi sur votre bien ?
Le premier réflexe consiste à relire attentivement votre acte de propriété et les annexes jointes lors de l’achat. Les servitudes actives (dont vous bénéficiez) et passives (qui grèvent votre bien) doivent normalement y être mentionnées. Si rien n’apparaît, cela ne signifie pas forcément que votre bien est libre : certaines servitudes anciennes peuvent ne pas avoir été reprises explicitement.
Dans ce cas, demandez à votre notaire de remonter la chaîne des titres sur au moins trente ans, voire davantage si le bien est ancien. Consultez également l’état hypothécaire auprès du service de publicité foncière, qui conserve la trace des actes publiés. Parfois, une fouille dans les archives départementales ou cadastrales permet de retrouver un acte constitutif oublié. En l’absence de tout document écrit, une simple habitude de vue ou de dégagement ne suffit pas à créer une servitude conventionnelle de type non altius tollendi : il faut un acte ou une prescription acquisitive très particulière.
Que faire lorsqu’un voisin construit en violation d’une clause non altius tollendi ?
Si vous constatez que des travaux en cours chez votre voisin dépassent la hauteur autorisée par la servitude, la première étape est d’envoyer une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. Ce courrier doit rappeler l’existence de la servitude, en citer les références précises (date de l’acte, publication au fichier immobilier) et demander l’arrêt immédiat des travaux non conformes.
En cas d’urgence ou de risque d’aggravation irréversible, vous pouvez saisir le juge des référés pour obtenir une mesure conservatoire, comme la suspension du chantier. Cette procédure rapide ne tranche pas le fond du litige, mais elle permet de geler la situation en attendant un jugement au fond.
Si l’ouvrage est déjà terminé, le juge peut ordonner plusieurs solutions : démolition partielle pour ramener le bâtiment à la hauteur autorisée, versement de dommages et intérêts en compensation du préjudice subi, ou encore octroi d’une indemnité contre le maintien de la construction si celle-ci ne cause qu’un trouble modéré. Tout dépend de la gravité de l’atteinte et du contexte local.
Pièges fréquents lors de la preuve et de l’invocation de cette servitude de vue
Un piège classique consiste à confondre une servitude non altius tollendi avec une simple clause esthétique ou de gabarit figurant dans un règlement de lotissement. Cette dernière relève d’un régime juridique différent et peut parfois disparaître au bout de dix ans si elle n’a pas été publiée au fichier immobilier.
Autre erreur fréquente : invoquer la servitude sans être en mesure de désigner clairement le fonds dominant et le fonds servant. Si l’acte est imprécis sur ce point, le juge pourra considérer que la servitude n’est pas valablement constituée. De même, s’appuyer uniquement sur l’obtention d’un permis de construire pour estimer la situation régularisée expose à un risque élevé de contentieux privé ultérieur, car le permis ne couvre que l’aspect urbanisme, pas les servitudes civiles.
Contester, aménager ou éteindre une servitude non altius tollendi
Lorsqu’une servitude bloque un projet de surélévation ou d’extension important, il existe plusieurs leviers pour en réduire la portée ou en obtenir la disparition complète. L’enjeu est de choisir la stratégie la plus réaliste en fonction de votre dossier : contestation judiciaire, négociation amiable ou constat d’extinction de plein droit.
Dans quelles situations est-il pertinent de contester la validité de la servitude ?
La contestation en justice est envisageable dans plusieurs cas de figure. Si l’acte constitutif est ambigu, incomplet ou ne désigne pas clairement les fonds concernés, vous pouvez demander au juge de constater la nullité ou l’inopposabilité de la servitude. De même, si l’acte n’a jamais été publié au fichier immobilier avant 1956 (pour les servitudes conventionnelles), vous pourriez invoquer un défaut d’opposabilité.
Autre piste : démontrer que la servitude est devenue contraire à l’ordre public ou sans utilité objective, par exemple si les constructions environnantes ont radicalement changé. Enfin, certains vices de forme anciens peuvent parfois être soulevés, bien que cela soit délicat avec des actes très anciens soumis à des règles différentes.
Avant de vous lancer dans une procédure coûteuse et incertaine, faites auditer votre dossier par un avocat spécialisé en droit immobilier ou un notaire. Ils pourront hiérarchiser vos arguments et évaluer vos chances de succès réelles.
Comment négocier une mainlevée ou une modification de servitude avec le voisin ?
La voie amiable est souvent sous-estimée, alors qu’elle permet de gagner du temps et de l’argent. Si votre projet respecte globalement l’esprit de la servitude ou si vous pouvez proposer une contrepartie financière ou matérielle intéressante pour le voisin, une négociation peut aboutir.
Exemples de contreparties : indemnité compensatrice, installation de brise-vues ou de végétation pour limiter l’impact visuel, engagement à ne pas dépasser une certaine hauteur sur une partie seulement du terrain, ou encore travaux d’amélioration réalisés à vos frais sur le bien voisin.
Une fois l’accord trouvé, il doit être formalisé par acte notarié et publié au service de publicité foncière. C’est ce qu’on appelle une mainlevée (suppression totale) ou une modification conventionnelle de servitude. Cette formalité est indispensable pour que l’accord soit opposable aux futurs acquéreurs et qu’il sécurise définitivement votre projet.
L’extinction par désuétude ou confusion des fonds : que dit réellement la jurisprudence ?
Une servitude s’éteint automatiquement par confusion lorsqu’une même personne devient propriétaire des deux fonds, dominant et servant. Par exemple, si vous rachetez le bien voisin qui bénéficiait de la servitude, celle-ci disparaît car on ne peut pas avoir une servitude sur son propre bien. Si ensuite vous revendez l’un des deux fonds séparément, la servitude ne renaît pas automatiquement : il faudrait la reconstituer par un nouvel acte.
L’extinction par désuétude, en revanche, est beaucoup plus complexe. Le simple fait de ne pas utiliser la servitude pendant trente ans ne suffit pas à la faire disparaître : il faut que le propriétaire du fonds servant ait accompli des actes contraires à la servitude (par exemple, construire au-delà de la hauteur autorisée) et que le bénéficiaire ne s’y soit pas opposé pendant toute la durée de la prescription trentenaire. Cette situation est rare et difficile à prouver.
En pratique, avant d’invoquer l’extinction, il est indispensable de reconstituer l’historique complet du bien, d’examiner tous les actes publiés et de vérifier qu’aucune réclamation ou protestation n’a été formulée pendant la période de non-usage. Un audit juridique approfondi est ici incontournable.
Face à une servitude non altius tollendi, vous n’êtes jamais totalement démuni. Entre vérification rigoureuse de la validité de la clause, interprétation stricte par le juge, négociation amiable avec le voisin et constat d’extinction éventuelle, plusieurs solutions existent pour débloquer votre projet de construction. L’essentiel est de ne pas agir dans la précipitation : une analyse juridique solide, appuyée sur des documents fiables et des conseils d’experts, vous permettra de choisir la stratégie la plus adaptée à votre situation et de sécuriser durablement vos droits.
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